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Une révolution majeure : La perle de Tahiti génétiquement modifiable ?

La recherche génétique sur les perles de Tahiti vient de franchir un grand pas. Grâce à leurs recherches effectuées sur les fameuses Pinctada margaritifera qui donnent les perles de Tahiti, des chercheurs ont pu identifier la source de transmission génétique des caractères qui donnent sa couleur à la perle.

Avec plus de 500 producteurs, 1300 emplois directs et une part représentant 70 % des exportations locales, la perliculture est une activité essentielle à l’économie de la Polynésie française. Elle constitue la seconde activité aquacole française (après l’ostréiculture) et la seconde source de revenus du territoire polynésien derrière le tourisme. Autant dire que l’enjeu est de taille et le centre Ifremer du Pacifique à Tahiti y consacre d’importants moyens.

La Pinctada margaritifera, également appelée huître perlière à lèvres noires, est présente en abondance dans les lagons polynésiens. « Avec l’aide d’un vaste réseau de producteurs, nous collectons des huîtres présentant des caractères biologiques peu communs : coquille rouge, blanche ou chair orange », précise Chin-Long Ky, chercheur en génétique à l’Ifremer, alors que l’espèce est habituellement noire. Utilisés en tant que donneurs de greffon dans l’industrie perlière, ces spécimens transmettent des colorations particulières aux gemmes produites et présentent ainsi un réel potentiel pour le secteur. Il poursuit « Notre objectif était d’étudier les lignées obtenues par voie d’écloserie et la fréquence d’apparition, d’une génération à l’autre, des caractères qui nous intéressent.

Ainsi, nous avons pu déterminer les règles de transmission génétique de ces caractères, afin d’orienter la production de perles de plus grande valeur. » Un modèle permettant de prévoir l’aspect des perles récoltées en fonction des caractéristiques des géniteurs utilisés a pu ainsi être élaboré. Sur le plan scientifique, ces travaux permettent de bénéficier d’une longueur d’avance car « Sur cette espèce d’huître perlière, nous sommes aujourd’hui les seuls à maîtriser l’ensemble des étapes de l’élevage conduisant à la sélection génétique », souligne le chercheur. Ce qui se traduira en avantage concurrentiel appréciable pour la perliculture française.

Cette découverte majeure pourrait bien révolutionner un marché jusqu’ici balisé par ce que la nature peut donner. Va-t-on voir arriver sur le marché des perles rouges ou bleues ? On sait que les mollusques à coquille rouge donnent des perles aubergine. Pourra-t-on demain « commander » la couleur de sa perle ? C’est du moins ce que laisse entendre la publication parue dans la revue Animal Genetics en juillet 2016. Grâce à son savoir-faire zootechnique, l’Ifremer travaille en appui à la filière et fournit déjà des solutions pour augmenter la couleur et le lustre de la « perle de Tahiti », ouvrant ainsi aux producteurs locaux des perspectives réjouissantes vers une « perliculture moderne ».IH