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CFHM : Projet de Création d’une Indication géographique pour l’Horlogerie française

La création d’une indication géographique (IG) pour l’horlogerie permettrait de mieux protéger le made in France à l’étranger et de défendre une image forte et reconnue de l’horlogerie française. Interview de Patrice Besnard – délégué général de la CFHM.
L’idée de valoriser les produits français n’est pas nouvelle, elle date des années 90 face à la montée en puissance de l’horlogerie suisse qui imposait le Swiss made (mouvement suisse + assemblage de la montre en Suisse) comme un label de qualité. Cette montée en puissance se conjuguait avec le déferlement des produits en provenance des pays à bas coûts salariaux (Hong Kong puis Chine). Instaurée en 1971 et modifiée à plusieurs reprises, la réglementation sur l’utilisation du nom suisse pour les montres a été fortement renforcée depuis le 1er janvier 2017. Avec un mécanisme complexe qui, cependant, se focalise uniquement sur des critères liés à l’origine suisse avec, outre l’exigence de mouvement suisse puis d’assemblage de la montre en Suisse, la fixation d’un pourcentage de valeur réalisée en Suisse fixée à 60 % pour la montre. La réglementation suisse ne spécifie aucun critère qualitatif : il est donc inexact d’affirmer qu’il s’agit d’un label de qualité, contrairement au poinçon de Genève par exemple qui retient des exigences de bienfacture ou en chronométrie.

 

L’Officiel Horlogerie & Bijouterie : Il existe aujourd’hui un contexte favorable pour que la création d’une IG se transforme en un vrai projet ?

 

Patrice Besnard : oui, un certain nombre d’éléments incitent à l’action. À commencer par le contexte législatif, la loi Hamon a élargi la création d’IG au secteur industriel, autrefois réservée au seul secteur agricole. L’horlogerie peut dès à présent briguer une IG. C’est pourquoi, le conseil d’administration de la CFHM s’est prononcé en faveur de la création d’une indication géographique. Cette IG « horlogerie française » s’appuiera sur la création et l’assemblage de la montre en France (critère d’origine) mais – et c’est là tout l’intérêt de ce dispositif — comportera un certain nombre de critères qualitatifs et prendra en compte la traçabilité des produits en liaison avec les exigences environnementales.
Ensuite, le deuxième facteur favorable est l’arrivée sur le marché, de jeunes marques et créateurs français souhaitant offrir des produits avec un label français synonyme de qualité. Avec des conditions précises d’assemblage des produits en France et des critères de qualité et de traçabilité pour les montres terminées et leurs composants. Même si à l’heure de la mondialisation, certains composants peuvent venir de l’étranger, il est souhaitable qu’ils répondent à des critères définis de qualité. Par ailleurs – effet des délocalisations pour la recherche de meilleurs prix au détriment de la qualité ? – les consommateurs français appellent à un retour du Made in France. Enfin, les marques françaises, elles-mêmes implantées à l’étranger, soutiennent l’idée de la création d’un label Made in France, comme un label garanti de qualité. La confrontation avec les exigences fortes des consommateurs chinois sur la qualité (et non seulement l’origine) les a en effet incité à évoluer.
L’OHB : La France est un pays horloger depuis toujours, elle pourrait être l’une des premières à bénéficier de l’attribution de cette IG.

 

P. Besnard : oui, c’est une évidence pour la France, principal berceau mondial de l’horlogerie mécanique, à pouvoir bénéficier d’une IG dans ce domaine. La région Bourgogne-Franche-Comté, dispose depuis longtemps de tous les atouts pour cela. De nombreuses entreprises et des laboratoires (Temps-Fréquence, Femto) au savoir-faire reconnu, un environnement de formation important avec l’ENSMM, l’AFPA à Besançon et le lycée de Morteau (une dizaine de lycées professionnels sur le territoire français). Le bureau de normalisation horlogère géré par le Comité Francéclat dont le département technique intervient également dans la recherche de nouveaux procédés de fabrication et de contrôle applicables à l’horlogerie.
Un poinçon VIPERE pour la qualité chronométrique des montres et mouvements mécaniques délivré par l’Observatoire de Besançon. Obtenir l’IG demandera plusieurs années et on y travaille pour le moyen/long terme. Cela permet aussi de relancer un travail de concertation et de consolidation de la filière, notamment pour la recherche de composants français du mouvement à la boîte. On peut aussi espérer que cette IG incitera certaines marques à se repositionner sur la France. La création d’une Indication géographique pour l’Horlogerie française est le deuxième grand projet de la CFHM avec la Fondation du Temps, pour valoriser la France en tant que pays horloger. M.T.
Pour tout renseignement complémentaire :
Patrice Besnard – délégué général
pbesnard.cfhm@yahoo.fr