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Le Swiss Made toujours controversé

Les marques horlogères en ordre dispersé face aux nouvelles dispositions de la FH sur le Swiss Made.
Les nouvelles règles du « Swiss Made » en vigueur depuis janvier 2017 font obligation aux fabricants d’avoir au moins 60 % de valeur suisse dans une montre. « Les exigences précédentes comme l’incorporation d’un mouvement suisse, l’emboîtage et le contrôle final en Suisse sont maintenues. Cependant, la définition du mouvement suisse passe aussi à 60 % minimum de valeur suisse (contre 50 % précédemment). De nouveaux critères viennent s’ajouter au calcul de la valeur suisse, comme les coûts de recherche et développement ou de certification. », précise la Fédération Horlogère suisse.
Ces derniers termes laissent la porte assez largement ouverte aux fabricants dont la part de Recherche & Développement est importante. Les marques de montres suisses haut-de-gamme sont donc relativement peu touchées par cette réglementation. Sans doute ont-elles d’ailleurs encore de la marge par rapport à la quantité de composants chinois présents dans leur montre. Les marques access sont les plus touchées, surtout après une année 2017 difficile à cause de la chute des exportations vers la Chine et du renchérissement du franc suisse qui a mathématiquement augmenté leur prix. Le PDG du Swatch Group, Nick Hayek, estime à juste titre qu’il n’aura bientôt plus de concurrent sur son entrée de gamme. Rappelons aussi que la qualité des composants chinois s’améliore.
Les machines utilisées dans les usines locales sont très performantes et le contrôle qualité s’est beaucoup renforcé. En 10 ans, la valeur des composants importés de Chine a été multipliée par dix, pour atteindre 923 millions CHF en 2016. A l’autre bout du spectre, une marque de niche comme Moser, qui assure 95 % de valeur suisse dans ses montres, ne décolère pas. Le jeune et fringant dirigeant de la société, Edouard Meylan, a d’ailleurs lancé un mouvement de fronde baptisé Make Swiss Made great again contre cette mesure qui place sa marque au même niveau qu’un horloger n’assurant « que » 60 % de sa part de valeur en Suisse. Moser a d’ailleurs décidé d’abandonner l’appellation Swiss Made qui a, selon lui, perdu de son prestige.
L’horloger s’était illustré l’an dernier en présentant une montre 100 % Swiss Made à base de fromage et de cuir de vache, présentée dans une vidéo hilarante qui a fait le buzz et médiatisé sa colère. D’autres initiatives voient le jour, comme celle de CODE41 qui affiche de façon transparente l’origine de ses composants. Est-ce un signe ? En tout cas, cette nouvelle attitude ressemble à ce qui se pratique en joaillerie où, pour des raisons de transparence aussi même s’il s’agit d’éthique, la traçabilité des pierres et des métaux devient de plus en plus prégnante (voir notre article dans ce numéro sur l’or de Chopard, voir aussi la plate-forme blockchain lancée par De Beers et les nouvelles initiatives du RJC). I.H.