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Montagne d’or en Guyane : l’exploitation industrielle remise en question

Montagne d’or Guyane
Implanté à 125 kilomètres de Saint-Laurent-en-Maroni en Guyane française, au cœur de la forêt amazonienne, ce projet pharaonique – La Montagne d’or en Guyane – réunit contre lui défenseurs des droits de l’Homme et de l’environnement.

À terme, il serait le plus grand site minier du territoire national, sur 800 hectares. Le projet prévoit l’extraction de 85 tonnes d’or primaire en mine à ciel ouvert pendant un minimum de douze ans. Pour extraire l’or de la roche, pas moins de 46 500 tonnes de cyanure en circuit fermé seraient nécessaires et plus de 55 000 tonnes d’explosifs.

Les boues toxiques seraient ensuite stockées dans des bassins contenus par des digues. Pierre Paris, le président de la compagnie Montagne d’Or en Guyane, se veut rassurant. Il affirmait en juillet 2018 au Parisien : « Nous compenserons notre impact en réhabilitant et en reboisant. Et nous assurerons le suivi et le contrôle du site trente ans après la fin de l’exploitation. Montagne d’or en Guyane, c’est 3 750 emplois, dont 90 % en Guyane. Mais aussi 420 millions de taxes et d’impôts et 3 milliards d’euros de retombées économiques directes et induites. Tant pour le territoire que pour l’ensemble de la France ». Mais cela n’a pas suffi à calmer les esprits.

Les industriels non concernés par le débat ?

À l’initiative de France Nature environnement, un débat public a été organisé. Malheureusement, les représentants de la compagnie minière (consortium détenu par l’entreprise russe Nordgold et le canadien Colombus Gold Corporation) n’ont pas jugé bon de rencontrer les populations autochtones. C’est ce qu’a relevé Chantal Jouanno, la présidente de la commission nationale du débat public. Elle regrette que les industriels ne se soient pas déplacés à la réunion qui s’est déroulée en mai 2018 en présence des chefs coutumiers pourtant concernés au premier rang.

Elle déplorait par ailleurs que la compagnie minière « n’apporte aucune réponse aux recommandations de la Commission et de l’expert hydrogéologue en ce qui concerne la libération de métaux lourds ». Les défenseurs des droits humains ont donc eux aussi rappelé à l’ordre le consortium à l’aide de l’article 15 de la Convention 169 de l’OIT*.

Une condamnation large du projet

Dans la foulée, le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme exhortait la France à tenir ses engagements auprès des peuples indigènes protégés par la Convention internationale pour l’élimination de toutes formes de discrimination raciale. En octobre dernier, c’était au tour d’un collectif réunissant plus de 1 700 scientifiques de condamner le projet dans une tribune au Monde. Non seulement, l’exploitation minière, qui s’étend en partie sur des vestiges précolombiens, entraînerait « la perte irréversible de nombreuses espèces biologiques », mais elle fait peser le risque d’une contamination aux métaux lourds.

Les défenseurs de l’environnement s’inquiètent pour les bassins de stockages de cette Montagne d’or en Guyane. L’actualité la plus récente a démontré leur défaut de fiabilité. En janvier dernier, la rupture du barrage du complexe minier Vale au Brésil a fait 58 morts et plus de 300 disparus. En 2015, des digues du même géant minier, avaient rompu, causant une catastrophe environnementale. Dans ce contexte, le WWF en appelle à l’abandon pur et simple du projet – Montagne d’or en Guyanne.

En place d’une extraction industrielle, un système de production d’or artisanal équitable et responsable est-il envisageable ?

Le nouveau ministre de l’écologie François de Rugy pourrait évaluer la pertinence de la Montagne d’or en Guyane. Ce serait l’occasion de mettre en pratique cette volonté de « repenser notre modèle de développement ». Comme l’a écrit le président Macron début janvier dans sa lettre aux Français. Et de démontrer la capacité du gouvernement à protéger ses populations les plus vulnérables. F.F.

* Dans les cas où l’État conserve la propriété des minéraux ou des ressources du sous-sol ou des droits à d’autres ressources dont sont dotées les terres, les gouvernements doivent établir ou maintenir des procédures pour consulter les peuples intéressés. Il s’agit de déterminer dans quelle mesure les intérêts de ces peuples sont menacés avant d’entreprendre ou d’autoriser tout programme de prospection ou d’exploitation des ressources.

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