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Orpaillage illégal en Guyane, rien n’a changé ?

Malgré les annonces et les mesures prises pour faire disparaître l’orpaillage illégal en Guyane, le résultat reste désastreux.

L’Amérique du Sud concentre à elle seule 20 % de la production mondiale d’or, dont la Guyane réputée pour son « mythe de l’Eldorado ». L’orpaillage illégal a pris des proportions démesurées dans cette région, propulsées par la forte hausse du cours de l’or depuis les années 90. Le WWF fait un constat accablant : la situation de l’orpaillage illégal en Guyane ne s’est guère améliorée. Preuves à l’appui, il publie une étude et une cartographie détaillée des impacts de l’orpaillage sur les forêts et les cours d’eau de quatre territoires du Plateau des Guyanes (Guyana, Suriname, Guyane française, Amapá au Brésil), pour la période 2001-2015. « Depuis 2016, le nombre de sites illégaux (des galeries souterraines aux mines à ciel ouvert), a très fortement augmenté » déplore le directeur régional du WWF, Laurent Kelle.

Des chiffres stupéfiants
Le parc Amazonien de Guyane, parc national de 33 900 km2 situé en Guyane française, a récemment indiqué une augmentation de 78 % du nombre de sites illégaux sur son territoire par rapport à mars 2017, battant des records historiques depuis la création du Parc, il y a 10 ans. L’explosion alarmante de ces activités illégales souligne la nécessité d’actions transfrontalières renforcées en termes de coopération judiciaire entre les autorités guyaniennes, surinamaises, françaises et brésiliennes. Depuis 2001, 157000 ha de forêts ont été détruits par l’activité aurifère, dont 72 % entre 2008 et 2015 !

Une pollution au mercure inacceptable

On estime que 10 à 12 tonnes d’or sont ainsi extraites chaque année alors que les autorités n’en annoncent qu’une à deux officiellement, dont l’exploitation respecte toutes les réglementations françaises de protection de l’environnement. Dans l’orpaillage illégal, le mercure n’est ni récupéré ni traité. 1,3 kg de mercure (utilisé pour séparer l’or du minerai) est nécessaire pour extraire 1 kg d’or. C’est donc jusqu’à 13 tonnes de mercure par an qui sont relâchées dans la nature et contaminent l’ensemble des écosystèmes guyanais. Dans les régions concernées, le taux de mercure par habitant est 4 fois plus élevé qu’ailleurs. Contactée à plusieurs reprises par l’AFP, l’agence régionale de santé refuse tout commentaire. Aucun résultat d’enquête officielle n’est communiqué depuis dix ans. Les risques ne sont pas seulement alimentaires, ils exposent la population à la violence, la délinquance, la prostitution et toutes sortes de trafics. Le meurtre de soldats français il y a quelques années reste présent dans tous les esprits.

Alerter les médias
Alerter les médias est une mission cruciale pour le WWF qui se bat contre le fléau de l’orpaillage illégal. Lorsqu’il est venu en octobre en Guyane, Emmanuel Macron avait proposé l’utilisation de drones pour renforcer la lutte contre l’orpaillage clandestin. « On n’a pas besoin de high-tech, ce qu’il faut c’est une présence dissuasive. Le dispositif est sous-dimensionné », oppose le WWF qui n’a pas hésité à solliciter l’ex-judoka Lucie Décosse pour se rendre sur place début novembre pour une mission de cinq jours. La presse française a relayé ce voyage et les propos de Lucie Décosse : « Je n’avais jamais vu autant de pirogues clandestines. Ça veut dire que pour les trafiquants, il y a zéro contrainte », a regretté Lucie Décosse, qui déjà avait participé à une mission en 2013.

Le projet Montagne d’Or, une solution ?
Un très important projet de mine d’or industrielle en Guyane, Montagne d’Or, porté par le promoteur russe Nordgold, est actuellement à l’étude. Pourra-t-il endiguer le fléau en permettant l’embauche de mineurs illégaux ? Sans doute pas, d’après le WWF qui estime que Nordgold fera appel à des mineurs qualifiés. Et le problème de la pollution reste important. Selon l’opérateur, pour extraire l’or, 57 000 tonnes d’explosifs, 46 500 tonnes de cyanure et 142 millions de litres de fuel seront nécessaires pour les 12 ans de durée de vie du projet.
Reste l’arme juridique. Le BRGM affirme vouloir soutenir la mise en place d’un système de traçabilité de l’or de Guyane mais tout reste à faire. Cependant, la traçabilité n’a de sens que si l’or reste sur le territoire français. Or, aussitôt extrait, il passe les frontières guyanaises pour être revendu auprès d’acheteurs peu scrupuleux. I.H.