On dit toujours qu’il faut investir dans la pierre. Beaucoup le font en devenant propriétaires. D’autres, plus ambitieux, ont laissé des pyramides, palais et autres monuments ornant nos villes. Mais il existe un autre moyen qui vous garantira, si ce n’est la prospérité, du moins la postérité.
Quel est le point commun entre le minéralogiste George Frederick Kunz, le grand financier américain John Pierpoint « J. P. » Morgan ou le chimiste français Henry Le Chatelier ? Tous trois sont devenus… des pierres, dans la postérité. Non pas en croisant le regard de Méduse mais en étant associés à la découverte de nouveaux minéraux.
Le premier, qui a collaboré avec Tiffany & Co., a donné son nom au spodumène rose « kunzite ». Il a ensuite baptisé le béryl rose « morganite » pour rendre hommage à son mécène, grand amateur de minéraux. Enfin, Alfred Lacroix, minéralogiste et volcanologue, a proposé en 1915 « de désigner la silice fondue considérée comme minéral sous le nom de lechateliérite en l’honneur de notre collègue, M. Henri [sic] Le Chatelier ».
Une évolution dans la façon de baptiser les gemmes qui ont longtemps été nommées en fonction de leur couleur (ruber, rouge en latin, pour le rubis), de leurs propriétés (le diamant, du grec adâmas, qui signifie indomptable et renvoie à sa dureté), de leur provenance (bénitoïte, tanzanite, cambolite…) ou même de leurs vertus prophylactiques supposées (le jade « néphrite » est censé soigner les reins).
Puis, l’étude des pierres s’est instituée en science et il est devenu de bon ton de baptiser les nouvelles venues du nom de leur découvreur ou d’une personnalité. Ainsi, l’alexandrite ne provient pas d’Alexandrie mais est un hommage au prince Alexandre, futur tsar Alexandre II de Russie. Comme le déplore Éloïse Gaillou, directrice du musée de minéralogie de l’École des Mines de Paris, les dames brillent par leur absence dans la nomenclature gemmologique. Alors, à vos pelles et à vos pioches, mesdames ! Peut-être trouverez-vous, dans votre jardin, un minéral inédit qui vous fera entrer dans l’Histoire.
L.B.




