Dans un contexte difficile, la société lyonnaise spécialisée dans la conception 3D en bijouterie-joaillerie maintient le cap et redouble de projets. Le point avec son dirigeant Jean Danielian.
L’OFFICIEL HORLOGERIE & BIJOUTERIE : Après plusieurs mois de silence, comment se porte TGN 409 ?

JEAN DANIELIAN : Comme beaucoup de confrères, TGN a traversé une grosse tempête. Notre priorité a donc été de maintenir l’outil de travail, préserver les équipes et éviter les dépenses inutiles. C’est la plus violente des crises que j’ai connues. Mais nous avons tenu bon sans avoir recours aux licenciements ni au temps partiel qui nous a été refusé. Et finalement, aujourd’hui la dynamique est revenue.

L’OHB : Quelles actions avez vous menées ?

J. DANIELIAN : Deux ans c’est long, mais j’ai toujours cru en notre potentiel. Bien qu’on ait épuisé toute la trésorerie et que le volume de travail ait baissé de 60%, j’ai maintenu les primes sur salaires pour assurer le quotidien de chacun. J’ai cherché et trouvé des projets de développement que nous avons gérés avec le potentiel existant, puis j’ai ouvert les portes à de nouveaux marchés étrangers. Tout cela, mis bout à bout, a permis de sauver l’essentiel.

L’OHB : Avez-vous reçu un soutien de la part des marques et des fabricants ?

J. DANIELIAN : Certains ont fait leur maximum, avec délicatesse. J’en profite pour leur exprimer toute ma gratitude. Après 44 ans de bons et loyaux services, je pensais avoir un réseau solide. C’est globalement le cas même si je me suis trompé sur quelques personnes. Cette période aura simplement permis de faire un peu de ménage dans mes contacts.

L’OHB : Avez-vous constaté une dégradation entre les donneurs d’ordre et les sous-traitants ?

J. DANIELIAN : Oui quand même… et je ne suis pas le seul. Le métier est de plus en plus régi par les chiffres comptables, les ratios et les marges. Au niveau de la production, les décisions sont dorénavant prises par de nouveaux arrivants qui n’ont pas vraiment connaissance du métier et encore moins de notre historique avec les grandes enseignes. Ils ne savent rien du rôle que nous avons joué dans l’expansion des marques et pensent pouvoir nous remplacer d’un simple clic sur un tableau Excel.

L’OHB : Quel est votre ressenti face à cela ?

J. DANIELIAN : De la frustration, évidemment. Mais surtout un ras le bol général.

L’OHB : Sur votre page LinkedIn personnelle vous vous êtes exprimé au sujet de la certification RJC…

J. DANIELIAN : Les retours que j’ai eus de mes homologues sous-traitants révèlent une colère massive. Beaucoup vivent cette certification comme un racket légalisé qui enrichit une structure déjà en très bonne santé financière et affaiblit les ateliers. En réalité je n’autorise personne à me dicter les règles de bienséance, de respect, d’éthique et de responsabilité au sein de mes entreprises, mais comme tous mes collègues de la profession, je suis pris au piège. Pour l’instant…

L’OHB : Qu’en est-il de l’avenir ?

J. DANIELIAN : Au fil des années TGN est devenu le coeur névralgique d’une grosse mécanique de développement et de production, une rampe de lancement vers de nouveaux horizons qui n’auraient pas pu être concrétisés sans l’existence de ce pôle majeur. Pour moi, qui ai toujours eu plein de projets, c’est une réelle aubaine car nous sommes maintenant complètement autonomes.

Première étape, nous renouvelons notre parc d’imprimantes 3D puis nous allons investir dans de nouvelles technologies pour élargir notre offre.

L’OHB : Le contexte économique et le prix des métaux ne vous freinent-ils pas ?

J. DANIELIAN : Nous sommes lucides et savons que c’est un problème. Mais le positionnement assez haut de nos clients permet d’encaisser la fluctuation des métaux précieux. C’est encore une histoire de ratios. Les bijoux que nous fabriquons sont assez chargés en pierres, ce qui a pour effet de diluer l’impact du prix du métal. Ce calcul n’est pas applicable sur toutes les gammes mais il concerne le secteur dans lequel nous opérons.

Pour le showroom JOAILLERIE D’ATELIER dédié aux particuliers, que mon épouse a créé au sein de l’entreprise, nous ajustons les coefficients en fonction de la typologie de chaque bijou. On ne peut décemment pas appliquer les mêmes calculs partout. De toute façon, il faudra dorénavant composer avec la hausse des coûts, alors autant prendre les bons réflexes dès maintenant.

L’OHB : Quels sont les nouveaux marchés pour TGN ?

J. DANIELIAN : La haute joaillerie française est très appréciée à l’international. Comme je l’ai dit plus haut, nous sommes sollicités par plusieurs marques étrangères. Autres pistes que nous venons d’intégrer : l’horlogerie (hors mécanismes), la bagagerie et les accessoires de luxe. Pour finir, nous étudions une voie commerciale totalement inédite qui nous demandera au moins une année de mise en place. J’en parlerai donc plus tard.

L’OHB : Un message pour les plus jeunes ?

J. DANIELIAN : TGN est une entreprise de R&D. Le D signifiant « démerde » ! On dit oui aux problèmes les plus complexes et on se débrouille pour inventer les solutions. Entreprendre, c’est accepter par avance les prises de risques, les maux de tête, et les nuits blanches… Avis aux amateurs !

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