A la tête de la nouvelle marque Simply Diamond by Garel, Elisabeth Chow explique pourquoi elle trouve plus juste de nommer « diamant de culture » les diamants créés en laboratoire. Explications avec cette cheffe d’entreprise.
L’OFFICIEL HORLOGERIE & BIJOUTERIE : La loi française impose l’expression « diamant synthétique » ou « diamant de synthèse » pour un diamant créé par l’homme. Pourquoi désapprouvez-vous cette expression ?
ELISABETH CHOW : En France, on parle de « diamant synthétique », tandis que les laboratoires de gemmologie internationaux parlent de « lab-grown diamond » pour désigner les diamants créés par l’homme. À mes yeux, le choix de vocabulaire retenu en France est trompeur car, dans le langage courant, « synthétique » renvoie à quelque chose de faux, en plastique… on pense à une imitation.
Or un diamant créé par l’homme n’est pas une imitation : c’est un diamant au sens scientifique et gemmologique du terme. Il a la même composition chimique (c’est du carbone pur) et la même structure cristalline que le diamant naturel. Il a aussi les mêmes propriétés physiques : dureté (10 sur l’échelle de Mohs), indice de réfraction, dispersion, éclat…
Il a simplement cristallisé en quelques semaines dans un environnement contrôlé, au lieu de s’être formé en profondeur dans la Terre il y a des millions d’années. Tout cela pour dire qu’il me semble plus juste de parler de « diamant de culture », exactement comme on parle de « perle de culture ». La logique est la même : la perle peut être naturelle ou de culture. Et bien le diamant peut être naturel ou de culture. Dans les deux cas, la matière est la même, seule l’origine change.
L’OHB : Comment expliquez-vous le choix du mot « synthétique » en France ?
E. CHOW : Il y a une vraie bataille sémantique sur le sujet car les mots façonnent la valeur perçue. D’un côté on a des producteurs de diamants naturels regroupés dans des structures qui promeuvent un vocabulaire mettant à distance le diamant de culture, qualifié de produit fashion, fun, alternatif… De l’autre, on a les acteurs du diamant de culture qui se sont organisés, via l’International Grown Diamond Association, pour défendre le caractère high-tech, responsable et légitime de ces pierres.
Malheureusement, en France, les autorités et certaines organisations professionnelles ont choisi d’utiliser officiellement le terme « diamant synthétique », considérant que c’est « plus exact » d’un point de vue industriel. On peut y voir une stratégie d’influence pour préserver l’aura commerciale du diamant naturel. Car, dans l’oreille du grand public, « synthétique » laisse fortement entendre « pas vrai ». C’est un problème et nous revendiquons de pouvoir nommer les choses de manière moins équivoque car un diamant créé par l’homme reste un vrai diamant.
L’OHB : Comment évolue le marché ?
E. CHOW : Les chiffres sont très parlants. La part de marché des diamants de culture est en forte progression. Selon l’analyste reconnu Paul Zimnisky : elle est passée, en valeur, de 3,5 % en 2018 à 18,5 % en 2023 et elle a dépassé les 20 % en 2024. En quelques années, les diamants de culture sont devenus un acteur majeur du marché mondial de la joaillerie.
Le cas des bagues de fiançailles aux États-Unis est aussi très parlant : 37 % de celles qui ont été vendues en février 2023 étaient serties de diamants de culture, contre 17 % seulement en février 2022… Cela montre bien que les clients considèrent les diamants de culture comme un vrai diamant, apte à symboliser un engagement.
L’OHB : Qu’en est-il en amont de la filière ?
E. CHOW : Ce qui se passe en Inde, pays où sont taillés et polis 90 % des diamants du monde, est très instructif. Les exportations de diamants de culture y ont triplé en valeur entre 2019 et 2022. En 2023, entre avril et octobre, elles ont atteint 4,04 millions de carats, soit une hausse de 42 % en glissement annuel. À l’inverse, les exportations de diamants naturels ont chuté de plus de 25 % à 11,3 millions de carats sur la période.
De même, les importations indiennes de bruts de diamants naturels ont baissé, sur l’année 2023, de 11 % en volume et de 23 % en valeur, d’après les données du Gem & Jewellery Export Promotion. Autrement dit : le diamant naturel enregistre un recul à deux chiffres pendant que le diamant de culture explose. Le diamant de culture n’est plus un phénomène marginal, c’est une lame de fond.
L’OHB : Quelle est la position des laboratoires de gemmologie ?
E. CHOW : Justement… les grands laboratoires internationaux (GIA, IGI…) certifient les diamants de culture ou synthétique comme « diamonds » en précisant simplement l’origine « laboratory-grown » ou « lab-grown ». Ils ne les classent pas comme imitation !
Dans certains pays, dont les États-Unis, la définition juridique du diamant a même été élargie pour inclure les diamants de culture, dès lors que l’origine de la pierre est clairement indiquée. Même au niveau réglementaire et scientifique, on considère bel et bien qu’il s’agit bien de diamants et non d’imitations.
L’OHB : La comparaison avec les perles de culture est intéressante…
E. CHOW : Oui. L’histoire se répète ! Quand les perles de culture sont arrivées au début du XXe siècle, les producteurs de perles naturelles ont crié au scandale. On disait à l’époque : « ce ne sont pas de vraies perles », « ça va détruire le marché ». Un siècle plus tard : 90 % des perles utilisées en joaillerie sont des perles de culture et tout le monde les appelle « perles » tout simplement, voire « perles de culture », mais personne ne parle de « perles synthétiques ».
Nous vivons exactement la même transition avec le diamant. Certes le diamant naturel reste magnifique et précieux. Mais le diamant de culture apporte une alternative plus accessible, plus maîtrisée et aussi plus éthique. Comme les perles de culture, il finira par s’imposer comme une évidence. Inutile d’entretenir la confusion avec l’expression « diamant synthétique » qui sonne faux, alors que la pierre, elle, est vraie.
Un diamant reste un diamant, qu’il soit né dans la Terre ou de la main de l’homme. La bonne façon de l’exprimer, c’est de parler de « diamant naturel » et de « diamant de culture » comme on parle de « perle naturelle » et de « perle de culture ».
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