Le cambriolage qui a eu lieu au Louvre le 19 octobre nous a laissés sous le choc, tant par la valeur des bijoux volés que par l’apparente simplicité du procédé. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un musée est victime de « visiteurs » indélicats. Retour sur quelques cas de fric-frac qui ont marqué l’histoire ou l’actualité.
Remontons à 1792. Les biens de la famille royale de France ont été confisqués et entreposés au Garde-Meuble, actuel Hôtel de la Marine. Les bijoux sont alors exposés au premier étage et visibles par tout un chacun. Un tel étalage de richesses va donner des idées à certains, qui, durant quatre nuits, vont venir se servir avant que l’alerte ne soit donnée. La plupart des joyaux seront néanmoins retrouvés.
Pensons aussi au vol du Grand Condé, diamant rose de 9 carats conservé au château de Chantilly. Il y a presque cent ans, en octobre 1926, deux cousins alsaciens s’introduisent, de nuit, dans une salle du musée, et raflent presque tout ce qu’ils trouvent, dont le fameux diamant. Fort heureusement le Grand Condé sera retrouvé, quelques mois plus tard, dans une chambre d’hôtel occupée par l’un des deux larrons. Ce dernier, contraint de s’absenter, a l’idée, plutôt originale, de cacher la gemme dans une pomme !
C’était sans compter la gourmandise de la femme de chambre qui croquera dedans, retrouvant ainsi la précieuse gemme. Les voleurs sont bien sûr arrêtés, jugés et le diamant est restitué au musée. Reste qu’échaudés par cette mésaventure, les administrateurs du château ont depuis décidé de garder le Grand Condé au coffre et d’exposer seulement une copie aux yeux du monde.
Plus proche de nous, en 1976, le Louvre est victime d’un cambriolage, cette fois-ci à main armée : les malfaiteurs repartent avec une épée d’apparat, utilisée par Charles X, puis par Napoléon III, dont la garde est ornée de nombreux diamants. L’objet reste, encore aujourd’hui, introuvable.
Cambriolage à l’étranger
En Allemagne, à Dresde, la Voûte Verte qui abrite l’un des plus beaux trésors d’Europe, celui du prince électeur de Saxe Auguste Le Fort, est, à son tour, victime d’un cambriolage. En 2019, des malfrats s’introduisent dans le musée et dérobent 21 joyaux historiques, estimés à 113 millions d’euros. Cinq hommes sont arrêtés et condamnés. Pour alléger leur peine, quatre d’entre eux contribuent heureusement à la restitution, en 2022, d’une grande partie des bijoux.
Mais les grands musées ne sont pas les seuls à être pris pour cible. Dans la nuit du 6 au 7 octobre 2025, une centaine de croix huguenotes est dérobée au musée du Désert à Mialet (Gard). Au lendemain du vol du Louvre, c’est la Maison des Lumières Denis-Diderot à Langres (Haute-Marne) qui voit disparaître une centaine de pièces de monnaie des XVIIe et XVIIIe siècles. Contrairement aux vols susmentionnés, ce n’est pas la valeur patrimoniale de ces objets qui a attiré les malfaiteurs.
C’est l’or, lui-même, dont le prix dépasse désormais allègrement les 100 000 euros le kilo, attisant toutes les convoitises. Ainsi, en septembre 2025, la Galerie de Minéralogie du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris se voit privée de six pépites d’or, estimées à 600 000 euros. En novembre dernier, le musée national syrien de Damas annonce la disparition de six lingots d’or anciens. Quelques jours plus tard, en Suisse, deux individus pénètrent dans le Musée romain de Lausanne-Vidy et dérobent des pièces d’or, après avoir agressé le gardien.
L’or ciblé
Les chances de retrouver tous ces bijoux entiers semblent donc bien minces. Pour les Joyaux de la Couronne, professionnels et amateurs de patrimoine veulent y croire. Ils espèrent que l’importance historique des pièces protègera leur intégrité. Un espoir entretenu par un récent dénouement heureux : le 14 octobre 2025, Paris Musées annonçait que cinq des sept précieuses tabatières dérobées au musée Cognacq-Jay en novembre 2024 avaient été retrouvées.
Toujours en novembre, une autre annonce est venue égayer la triste actualité : le Florentin, diamant aux reflets jaunes de près de 140 carats, appartenant à la Maison de Habsbourg, a soudain refait surface. Sauf qu’il n’avait pas du tout été volé, comme on l’avait cru ! Il était en réalité à l’abri dans le coffre d’une banque québécoise… selon la volonté de l’impératrice Zita, dernière souveraine d’Autriche-Hongrie. Dans ce contexte, l’onde de choc générée par le cambriolage du Louvre a provoqué, en plus d’une émotion mondiale, un débat nécessaire sur la protection des joyaux qui font partie du patrimoine national.
L.B.



