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Sûreté des bijoutiers Enquête sur le terrain

L’OHB a interviewé un Référent Sûreté de la DDSP* des Bouches du Rhône, qui nous livre son analyse.
*Direction Départementale de la Sécurité Publique.

L’Officiel Horlogerie & Bijouterie : Vous avez été pendant plusieurs années Référent Sûreté à la Direction Départementale de la Sécurité Publique des Bouches-du-Rhône, quelles conclusions tirez-vous quant à la façon dont les bijoutiers assurent leur sécurité ?
Référent Sûreté :
Les bijoutiers s’adaptent en permanence. C’est une profession très exposée qui doit constamment faire le grand écart entre la sécurité et l’accueil de la clientèle. Une bijouterie est avant tout un commerce, avec une vitrine sur la voie publique qui doit garder son attractivité. C’est une constante à garder à l’esprit lorsqu’on réalise un audit. Il existe une certaine disparité quant à la manière dont ces commerces se protègent. Je fais la différence entre les bijouteries implantées en centre-ville et celles des centres commerciaux. Ces dernières sont généralement en libre accès, donc sensiblement plus vulnérables, surtout si elles sont placées à proximité de l’entrée d’une galerie marchande. Quant aux premières, tout dépend des moyens mis en oeuvre pour leur protection, en insistant sur l’accès. La fédération des bijoutiers dans les Bouches-du-Rhône est en contact avec les Référents Sûreté de l’État-Major de la DDSP. Les contacts et les audits avec les bijoutiers sont fréquents. Avec eux, nous étudions la vulnérabilité du site, puis dressons les actions à mettre en place pour une meilleure protection.

L’OHB : Quels sont les systèmes de sécurité qui vous paraissent les plus efficaces aujourd’hui ?
Référent Sûreté :
La sécurisation n’est pas une science exacte, elle doit être repensée et réactualisée face à une menace polymorphe. Les présentoirs sécurisés sont ce qui me paraît le plus efficace dans le cadre des intrusions en mode VMA (vol à main armée). Il s’agit de vitrines autonomes mais interdépendantes les unes des autres. Dès que l’alarme se déclenche, l’ensemble des vitrines se sécurise par la montée d’une vitre blindée ou la descente dans le socle du présentoir. J’ai eu l’occasion de réaliser l’audit d’une bijouterie dans un centre commercial qui avait fait le choix de cette installation et j’ai pu me rendre compte de leur efficacité après une tentative de VMA. Malgré de violents coups portés contre la vitrine, le verre blindé s’est étoilé mais n’a pas cédé. Le facteur temps a contribué à la fuite des malfaiteurs sans butin. Cette bijouterie a fait l’objet d’un second VMA avec le même résultat. Pour le reste, tout ce qui permet de bloquer ou de ralentir la progression d’une tentative de vol doit retenir toute notre attention. Rien ne doit être laissé au hasard.

L’OHB : Quels types de matériels recommanderiez-vous en boutique et à l’extérieur de la boutique ?
Référent Sûreté :
Les vitrines sécurisées me semblent très adaptées à la menace. En gardant toutefois à l’esprit qu’elles doivent être couplées à un système d’alarme opérationnel qui déclenche le système de fermeture. Comme par exemple un bijou posé sur un contacteur. Dès que ce bijou est soulevé, l’alarme se déclenche avec une temporisation impossible à désactiver. L’alarme doit être reliée à une société de télésurveillance. Les sas d’entrée, solides, capables de retenir un individu en « mode énervé », sont intéressants surtout s’ils ne laissent passer qu’une personne à la fois. Ralentir l’action permet au bijoutier d’agir. C’est lui qui doit contrôler la situation lorsqu’on entre dans son domaine. En revanche, il est essentiel que les agresseurs puissent sortir, car la situation peut dégénérer s’ils se sentent bloqués. Ensuite, la vidéo-protection est un moyen de dissuasion non négligeable. Lorsqu’elle est placée à l’intérieur, elle permet bien sûr un travail, a posteriori, d’identification des auteurs. J’entends souvent : « ça ne sert pas à grand chose ! ». Mais pour les services de recherche, cela reste toujours une base de travail, un moyen de voir le mode opératoire. Si cette vidéo est couplée à l’audio, c’est encore plus efficace. Les micro-caméras cachées et placées à des endroits judicieux sont vraiment efficaces pour identifier celui qui se croit invisible. Ensuite, la liaison se fait par les caméras de vidéoprotection urbaine. L’efficacité de ce dispositif est proportionnelle à sa réactivité. C’est-à-dire qu’il peut fournir des informations a posteriori mais aussi suivre l’action en temps réel. C’est une alchimie dont les composants sont : – L’appel au PC radio, c’est-à-dire le 17. – La réactivité de la vidéoprotection urbaine gérée par la municipalité. – La localisation et l’information en progression visuelle. C’est un jonglage qui va être facilité par le balisage GPS des bijoux, si celui-ci est relié à un dispositif à même de suivre la progression des auteurs en temps réel.

L’OHB : Que pensez-vous des balises GPS ?
Référent Sûreté :
Elles sont un vrai « cheval de Troie » ! Mais attention, il faut qu’elles fassent parties du butin, donc il faut bien les placer. Cela avait fait l’objet d’un gros travail de réflexion et d’échange lors de l’audit d’un dépôt de biens précieux. Encore une fois, la mise en situation est primordiale car le VMA est un cheminement.

L’OHB : Que pensez-vous des asperseurs d’ADN chimique qui permettent de tracer les cambrioleurs ?
Référent Sûreté :
J’ai participé à Marseille à la présentation du dispositif de ce type. C’est un ADN chimique, et comme tout ADN, il est unique, un peu comme les traces papillaires. Impossible de dire « Je n’y étais pas » lorsque vous êtes marqué par cet ADN. Ce dispositif, né dans les pays anglo-saxons, a fait ses preuves outre-Manche, tant par la dissuasion (affichage) que par l’identification des auteurs. Il va de soi que ce système s’additionne à ceux déjà en place. Il est souvent utilisé pour les vols avec effraction. Dès qu’il y a fracturation, l’alarme intrusion se déclenche et l’ADN se diffuse automatiquement. Il est aussi efficace lors d’un VMA commis dans une boutique, où l’aspersion se déclenche au moment de la sortie des malfaiteurs. L’installation de l’ADN dans une bijouterie pendant les heures d’ouverture nécessite un protocole d’action précis : où l’installer, qui l’active et comment ? Pour conclure, je dirais que la sûreté est assurée grâce à un ensemble de facteurs complémentaires les uns des autres. Les nouveaux types de vitrines sécurisées disponibles sur le marché, ainsi que la traçabilité des malfaiteurs grâce aux caméras sont les éléments majeurs d’une bonne protection. Ainsi, il faut rester vigilant, la criminalité cherchera toujours les failles du système.