Golconde, Mogok, Cachemire, ces lieux sont passés à la postérité comme sources quasi miraculeuses de gemmes d’une qualité exceptionnelle. Qu’en est-il aujourd’hui ? Quelles mines ont pris le relais et quelles sont les nouvelles localités prometteuses ?

Sur le marché du diamant, il existe un mot magique : Golconde. Cette veine diamantifère, située au coeur de l’Inde, dans l’ancien sultanat du même nom (où se trouve la grande ville d’Hyderabad) est pourtant tarie depuis longtemps. Pendant des siècles, elle a été quasiment la seule source de diamants dans le monde, jusqu’à la découverte des mines brésiliennes au début du XVIIIe siècle. Sa réputation est telle qu’encore aujourd’hui, on parle de diamants « type Golconde » pour désigner certains diamants de type II.a (les plus purs).

Une appellation toutefois abusive puisque non seulement ces diamants ne sont pas issus des mines de Golconde mais tous les diamants extraits de ces mines n’étaient pas de type II.a. Aujourd’hui les principaux producteurs de diamants sont la Russie, le Canada et le Botswana. En Australie, la mine d’Argyle (Rio Tinto) a produit des diamants de couleur, notamment des diamants roses, particulièrement appréciés. Sa fermeture, en 2020, a rendu ces gemmes encore plus désirables et a fait monter leurs prix.

 Saphir et Émeraude

Les trois autres précieuses ont aussi leurs origines privilégiées. Pour les saphirs, les bleus les plus réputés sont ceux provenant de la région du Cachemire. Sachant que les mines n’y ont été actives que très peu de temps (de 1882 à 1887), ces gemmes sont d’autant plus rares et plus chères. Les saphirs Cachemire présentés en vente sont donc forcément des pierres anciennes. Pour les saphirs qui sont de toutes les couleurs, la grande source historique reste le Sri Lanka (ex-Ceylan). Cependant, depuis quelques décennies, ce pays est concurrencé par Madagascar avec, notamment, les mines d’Ilakaka.

Pour les émeraudes, nombre d’amateurs ne jurent que par la Colombie. Les mines les plus prestigieuses demeurent Muzo, Chivor et Coscuez (dites old mines car les plus anciennes du pays). Là encore, les pays d’Afrique ont pris une place prépondérante sur le marché ces dernières années, en particulier la Zambie, avec la mine Kagem, la plus grande mine d’émeraudes actuellement, exploitée par la société Gemfields. Si les gemmes colombiennes restent la référence, les connaisseurs sont agréablement surpris par la qualité des émeraudes zambiennes.

Rubis

Enfin, pour les rubis, le nom de Mogok résonne encore aux oreilles des amoureux des gemmes. Immortalisé par Joseph Kessel dans son livre La vallée des rubis, associé à la couleur « sang de pigeon » (la plus recherchée), ce lieu a acquis un statut quasi mythique, faisant rêver nombre de gemmologues. Malheureusement, il se trouve dans un pays, le Myanmar (ex-Birmanie), gouverné par un régime autoritaire et miné par l’instabilité politique, rendant ainsi cette origine problématique.

D’autres sources de rubis se sont développées en Asie (Thaïlande, Cambodge, Sri Lanka) mais aussi en Afrique (Kenya, Madagascar, Mozambique, Tanzanie) et même au Groenland, où la mine d’Aappaluttoq a été exploitée entre 2017 et 2024. Aujourd’hui, la mine la plus prolifique se trouve à Montepuez, au Mozambique. Elle est détenue à 75% par la société Gemfields.

Gemmes diverses

Au-delà des quatre précieuses, certains pays ont été remarquablement bien pourvus par la nature, et ils offrent une grande variété de gemmes en large quantité, comme le Brésil, Madagascar ou encore le Sri Lanka. Ces deux derniers partagent d’ailleurs la même origine géologique et la même réputation « d’îles aux pierres précieuses ».

D’autres pays en revanche restent associés à une gemme en particulier, malgré la diversité de leur production. C’est le cas de l’Australie avec les opales, de l’Afghanistan avec le lapis lazuli, du Cambodge avec le zircon bleu « cambolite », du Vietnam avec le spinelle bleu cobaltifère de Luc Yen ou encore du Tadjikistan avec le spinelle. Enfin, certaines gemmes ne proviennent que d’un seul lieu, comme l’amétrine qui est extraite en Bolivie, le larimar (variété de pectolite) qui provient de République dominicaine ou la bénitoïte, qui se trouve uniquement dans la mine de San Benito, en Californie.

 

La carte du monde gemmologique est donc loin d’être figée : des mines ouvrent, ferment, sont actives pendant des siècles ou seulement quelques années. Si certains noms ont marqué l’histoire, ils ne sauraient cacher la diversité des provenances.

L.B.