L’OFFICIEL Horlogerie & Bijouterie poursuit sa série sur les complications et s’intéresse dans ce numéro aux calendriers. Détails et explications.
Aujourd’hui, quoi de plus naturel que de regarder l’heure et la date du jour. C’est oublier qu’il a fallu à nos ancêtres beaucoup d’ingéniosité et de temps pour passer de l’observation des phénomènes naturels (cycles du Soleil, de la Lune, des saisons) à une mesure précise et harmonisée de ce temps qui passe.En horlogerie, les complications de la famille des calendriers (ou quantièmes) permettent de donner, en plus de l’heure, la date avec plus ou moins de précisions. Celle-ci est affichée soit dans une petite fenêtre située à 3h ou à 4h (appelée « guichet date »), soit dans un ou plusieurs sous-cadrans.
Les calendriers simples
Le calendrier simple donne le jour du mois, du 1er au 31. C’est donc à l’utilisateur de faire l’ajustement à l’aide de la couronne, un mois sur deux ou au passage de février à mars. La date est inscrite sur un seul disque ou, comme chez A. Lange & Söhne, sur deux disques (dizaines et unités). La montre la plus connue de cette catégorie est sans doute l’Oyster Perpetual Datejust de Rolex, lancée en 1945.
La « jour-date » (ou day-date) permet de connaître à la fois le jour de la semaine et son numéro dans le mois, grâce à deux guichets accolés. Pour connaître aussi l’année, il faut un triple calendrier.
Les calendriers complets
Enfin, un calendrier complet proposera, en plus, les phases de la Lune. La complication « phases de Lune » est particulièrement appréciée pour son esthétisme et sa poésie. Elle est également très utile aux jardiniers, qui connaissent les effets de la Lune sur leurs plantations (même si jardiner avec une montre est fortement dé- conseillé). L’astre apparaît alors dans un guichet traditionnellement placé à 6h ou à 12h. Un disque comprenant deux Lunes, diamétralement opposées, effectue un tour complet en deux mois. Ce faisant, il donne l’impression que la Lune évolue dans le ciel, montrant ainsi ses différentes phases.
Cette complication est devenue indissociable de la maison Blancpain, qui a contribué à sa popularisation, voire à sa sauvegarde, dans les années 80, sous l’impulsion de Jean-Claude Biver et de Jacques Piguet. Petite spécialité maison : une Lune personnalisée pour Madame ou Monsieur. Pour aller encore plus loin, les horlogers ont inventé les montres astronomiques, reflets d’un intérêt ancestral pour les mystères de l’univers. Elles proposent des caractéristiques particulièrement pointues, comme l’équation du temps, c’est-à-dire l’intervalle entre le temps réel ou solaire, qui varie avec l’inclinaison de la Terre, et le temps moyen, artificiellement divisé en 24h par jour. Ce décalage peut être d’environ 15 minutes le 4 novembre ou le 11 février. À l’inverse, le 24 décembre, ces deux temps sont équivalents. Les montres astronomiques peuvent aussi offrir des instants de rêverie, avec la carte du ciel étoilé.
Calendriers grégoriens
Comme toujours en horlogerie, ce qui peut paraître simple (donner l’heure ou la date du jour) relève d’un grand savoir-faire, fruit d’années et même de siècles de recherches et de pratique. Car les horlogers ont dû prendre en considération les subtilités du calendrier grégorien : certains mois ont 31 jours, d’autres 30 et même 28, ou 29 tous les quatre ans, sauf une fois tous les cent ans (2000, 2100, 2200, etc) où l’année n’est pas bissextile. Idem pour le cycle de la Lune puisqu’une lunaison dure en réalité 29 jours, 12 heures et 45 minutes.
Une montre à complication conçue pour durer doit donc anticiper toutes ces variations. Le « quantième perpétuel » (ou QP) prend ainsi en compte les années bissextiles pendant un siècle. Dès lors un réglage sera nécessaire en 2100 (année séculaire, donc non bissextile), puis en 2200. Dans le calendrier semi-grégorien, ce réglage intervient tous les 400 ans. Quant au calendrier séculaire, il devrait fonctionner tout seul ad vitam aeternam. Autant de performances impressionnantes sachant que, dans une montre mécanique, il n’y a aucune technologie électronique. Tous ces calculs savants reposent uniquement sur des vis, des ponts et des roues dentées. Le tout dans un espace limité à environ 40 mm de diamètre et moins d’un cm d’épaisseur. Ces montres sont bien une démonstration du génie humain.
L.B.







