Dans les années 70 et 80, un séisme, dont l’épicentre se situe au Japon, fait trembler l’industrie horlogère suisse. Cet épisode va passer à la postérité sous le nom de « crise du quartz ». Le rebond des professionnels suisses est une leçon inspirante pour l’avenir.
Noël 1969, Seiko lance l’Astron, première montre à quartz commercialisée. Ce modèle exploite les propriétés dites « piézoélectriques » du quartz : lorsqu’il est stimulé par un courant électrique, le quartz vibre à une fréquence très régulière d’environ 32 000 Hz. Cela confère à la montre une précision inégalée.
Cette révolution technologique, associée à l’afflux des produits nippons en Europe et au contexte économique de l’époque (chocs pétroliers de 1973 et 1979), est un coup dur pour l’horlogerie suisse mécanique dont la production se voit diviser par deux. Cette crise sectorielle devient vite une crise nationale : de nombreuses manufactures ferment et des milliers d’emplois sont supprimés (on passe de 90 000 à 33 000 postes entre 1973 et 1985).
Un métier en voie d’obsolescence
Pire : le métier d’horloger n’a, dit-on, plus d’avenir et on va jusqu’à détruire l’appareil industriel, jugé obsolète. C’est tout un pan de l’économie et du savoir-faire suisse qui menace de disparaître. Le gouvernement helvétique peine à faire face au désarroi d’une partie de la population qui dépend de l’industrie horlogère. La solution viendra dans les années 80 et sera double. D’une part, les Japonais seront défiés sur leur propre terrain avec la Swatch (contraction de Second et Watch), montre à quartz amusante et bon marché, lancée sous l’impulsion de Nicolas Hayek pour attirer les jeunes générations.
D’autre part, la montre mécanique retrouvera ses lettres de noblesse en misant sur l’artisanat et en assumant un positionnement plus haut de gamme. Aujourd’hui, certains spécialistes estiment que la crise du quartz n’a fait qu’exacerber les faiblesses d’une industrie suisse qui s’était endormie sur ses lauriers. Elle aurait été le mal nécessaire ayant permis de revitaliser le secteur. Cet épisode douloureux a montré que l’industrie horlogère suisse pouvait être résiliente. Une leçon face aux nouveaux défis actuels : contraction du marché, explosion de la bulle spéculative, ou encore hausse des tarifs douaniers américains.
L.B.







