On le connaît surtout dans sa couleur rouge. Toutefois le corail existe dans différentes teintes et différentes variétés. En tant que matière organique, son commerce est très encadré. Le point avec Marie Chabrol, gemmologue, professeure à l’Ecole des arts joailliers et clerc de commissaire-priseur.
L’OFFICIEL HORLOGERIE & BIJOUTERIE : Pourquoi avez-vous choisi de nous parler du corail ?

MARIE CHABROL : Parce que je m’y intéresse moi-même depuis longtemps et qu’il y a beaucoup à dire. En fait mon intérêt pour le corail remonte à mes études de gemmologie car j’ai réalisé mon mémoire de fin d’étude dessus. J’ai ainsi été amenée à découvrir les différents types de coraux et il en existe des dizaines : certains précieux, d’autres non ; certains interdits de commercialisation, d’autres autorisés.

C’est une gemme complexe dont les différentes espèces sont souvent mal identifiées et la réglementation mal maitrisée.

L’OHB : Quels sont ces différentes variétés ?

M. CHABROL : Le corail est un matériau organique secrété par des animaux marins : c’est un squelette carbonaté à majorité kératineux (tel que le corail noir qui est interdit de commerce). Mais dans cette grande famille, il y a de nombreuses variétés : kératineuses ou parfois calcaires ; poreuses ou pas ; nobles ou communes.

Parmi les coraux précieux, le Corallium rubrum est le plus réputé, surtout dans sa couleur rouge. Il y a également d’autres coraux précieux qui peuvent être orangés, roses, blancs, veinés de rouge, bleus ou encore noirs. Et puis il y a tous les coraux communs dont certains sont utilisés en bijouterie, en particulier le corail bambou qui a de grosses branches. Blanc et noir, celui-ci est souvent résiné et coloré pour imiter le corail rouge qui est rare et cher.

L’OHB : Quelle est la place de cette gemme dans l’histoire de la joaillerie ?

M. CHABROL : Le corail est indissociable de l’histoire du bijou. Il a toujours été utilisé comme ornement. Dans l’espace méditerranéen il a été prisé dès l’Antiquité. De la Renaissance au XVIIIe siècle, il a été utilisé pour créer de splendides pièces religieuses et profanes. On lui a prêté des vertus magiques de protection, fertilité, chance… Longtemps utilisé en branches, le corail est aussi venu orner des bijoux à compter du XVe siècle.

Parmi les pièces historiques remarquables que l’on peut admirer, il en est une que j’aime beaucoup, c’est la statuette de Daphné du XVIe exposée au musée de la Renaissance à Ecouen. Par ailleurs on a aussi utilisé le corail pour faire des bracelets destinés aux enfants. Et on le retrouve sur de nombreux bijoux ethniques, notamment au Maghreb, en Inde ou encore au Népal car il est associé à Bouddha et à la purification.

L’OHB : Comment travaille-t-on le corail pour une utilisation bijoutière ?

M. CHABROL : Ce matériau est travaillé humide. Il est coupé, meulé, facetté, poli voire sculpté. A l’état brut le corail est mat ; il devient vitreux après avoir été poli. Mais c’est une matière fragile qui redoute la chaleur, les acides ou encore les bains chauds.

L’OHB : Où le trouve-t-on ?

M. CHABROL : La Méditerranée est réputée depuis longtemps pour ses coraux rouges uniformes plus ou moins foncés en forme de buisson. On trouve aussi des « gisements » dans la mer de Chine et du Japon ainsi que dans les mers chaudes ou encore dans l’océan Indien et dans l’océan Pacifique, par exemple près des iles Midway et Hawaï.

L’OHB : Qu’en est-il de la réglementation de son commerce ?

M. CHABROL : La convention de Washington et celle de Berne, signées respectivement en 1973 et 1986, réglementent le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages qui sont menacées… dont beaucoup de variétés de corail. Pour protéger les récifs qui constituent des sanctuaires de biodiversité, la récolte et le commerce de certains coraux sont interdits.

Ainsi des bleus ou encore de certains noirs et blancs. D’autres variétés font l’objet d’un encadrement strict et d’autorisations préalables : c’est le cas des coraux rouges. Le problème pour l’application de ces règles réside dans la méconnaissance des différentes espèces car il y a peu de spécialistes parmi les négociants.

L’OHB : Dans ce contexte que représente le marché aujourd’hui ?

M. CHABROL : En ce qui concerne les beaux coraux précieux, on a affaire à un marché de spécialistes et les prix sont très élevés. Leur avenir commercial est conditionné par la réglementation internationale et ses possibles évolutions. A côté, il y a le marché plus ouvert du corail commun dont le corail bambou qui intéresse la bijouterie mais aussi le milieu médical.

En tant que squelette, le corail bambou a des propriétés très intéressantes pour le domaine médical et pour la croissance osseuse. Mais là c’est une autre histoire.

C.N.