Héritière des clochers de nos villes et villages, la sonnerie est aujourd’hui considérée comme « la reine » des complications, tant son exécution relève d’un mécanisme particulièrement sophistiqué. Suite de notre série sur les complications.

Au commencement était la cloche : placée dans une tour pour avertir la population d’un danger, elle vient, à partir du XIe siècle, rythmer la vie des habitants. Le mot latin clocca serait même à l’origine du terme anglais clock, qui désigne l’horloge toute entière. Ce sont d’ailleurs deux Anglais, Daniel Quare et Edward Barlow, qui parviennent à miniaturiser le mécanisme de sonnerie, vers 1680, créant ainsi les complications de la montre à répétition. Cent ans plus tard, Abraham-Louis Breguet invente le ressort-timbre : une fine lame de métal enroulée autour du mécanisme, ce qui permet d’affiner considérablement la taille de la boîte.

Le principe de base repose sur l’émission d’un signal sonore qui marque le passage du temps. Ce signal peut être déclenché « au passage », c’est-à-dire automatiquement, ou « à la demande », en appuyant sur un bouton dédié. Les sonneries les plus simples signalent les heures, voire les demi-heures et les quart-d’heures. Certains garde-temps, s’ils sont équipés d’une « répétition minutes », vont même jusqu’à donner l’heure précise uniquement au son : heure, quart d’heure et minute étant identifiés par trois sons différents.

Montre bracelet à répétition minute

La première montre bracelet à répétition minute a ainsi été créée en 1892 par les frère Brandt, fondateurs de la maison Omega, en collaboration avec Audemars Piguet. La manufacture du Brassus s’en fera d’ailleurs une spécialité durant les années 20 et 30, équipant même des montres Cartier.

 

Prenons un exemple. Il est 9h47 : par simple pression d’un petit levier, la montre sonnera neuf fois avec un son grave, puis trois fois (pour les trois quarts d’heure) avec une alternance grave-aiguë et enfin deux fois (pour les deux minutes au-delà des trois quarts d’heure) avec un son aigu.

Cela ne représente pas moins de 720 séquences, soit une pour chaque minute sur les 12 heures du cadran. Il faut donc que le mécanisme coordonne l’heure indiquée par les aiguilles et les petits marteaux qui font résonner les deux timbres. Pour se voir conférer le titre de « carillon », une montre bracelet doit jouer trois notes et une montre de poche quatre notes. Le plus célèbre des carillons est celui joué par la tour du palais de Westminster à Londres.

Grande sonnerie

La complication « grande sonnerie » fait le décompte des heures et des quarts d’heure au passage. Pour les oreilles sensibles, ces montres sont souvent équipées de l’option « petite sonnerie » : seules les heures sont alors sonnées. Il existe même un mode « silence ».

Certains modèles combinent grande/petite sonnerie et répétition minutes, ce qui nécessite l’intégration de deux mécanismes distincts : un pour la sonnerie au passage, l’autre pour la sonnerie à la demande. Ils sont alors particulièrement rares et recherchés.

Le dispositif Supersonnerie

Au-delà des mécanismes évoqués, les horlogers sont toujours à la recherche de nouveaux défis. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, les maisons cherchent à innover. Ainsi, Audemars Piguet invente, en 2015, le dispositif Supersonnerie : les timbres sont fixés à une table d’harmonie qui amplifie leur son. La manufacture Blancpain a, quant à elle, présenté en novembre dernier une Grande Double Sonnerie : non seulement la montre bracelet est un carillon à quatre notes, capable de jouer le fameux air Westminster, mais elle offre aussi la possibilité de sélectionner un autre air, créé spécialement par Eric Singer, ancien batteur du groupe KISS et figure de la scène rock.

Enfin, pour fêter ses 250 ans, la maison Breguet ne pouvait passer à côté de la reine des complications. Elle propose donc une Classique Répétition Minutes, éditée à seulement 25 exemplaires, et une Classique Grande Sonnerie, montre de poche également équipée d’une petite sonnerie et d’une répétition minutes, produite exclusivement sur demande. Preuve que malgré des origines anciennes, la sonnerie reste d’actualité. Une sorte de graal pour les manufactures comme pour les amateurs de montres.

L.B.