Du grand groupe de luxe à la petite marque indépendante, de l’industriel à l’artisan, l’horlogerie est une galaxie composée d’une multitude d’acteurs de taille, de nationalité et d’ambition différentes. Faisons les présentations.
Les « Trois Grands » de l’horlogerie sont LVMH, Richemont et Swatch Group. Le groupe français possède des marques bien connues comme Hublot, TAG Heuer, Zenith ou plus pointues comme Gérald Genta ou L’Epée 1839, sans oublier Bvlgari, qui brille désormais autant par ses montres que par ses bijoux. Richemont, groupe suisse, possède plusieurs marques renommées, comme Piaget, Jaeger-LeCoultre ou Vacheron Constantin, auxquelles il faut ajouter Van Cleef & Arpels et, bien entendu, Cartier.
Ces maisons joaillières se sont, en effet, imposées dans le monde de l’horlogerie avec des modèles devenus mythiques (Cartier Tank) ou des pièces de haute horlogerie. Enfin, le Swatch Group, autre groupe suisse, a la particularité de couvrir tous les créneaux du marché : de la montre grand public (Swatch, Flik Flak) au très haut de gamme (Breguet), en passant par la montre accessible (Tissot, Certina, Hamilton) ou la montre iconique (Omega). Il intègre également de nombreux sous-traitants, dont des fabricants de mouvements (ETA).
La haute horlogerie
On a ici une concentration de marques qui répond à deux logiques différentes. Pour LVMH et Richemont, il s’agit de diversifier leurs activités tout en restant dans le secteur du luxe. Pour le Swatch Group qui a vu le jour dans le contexte particulier de la crise du quartz (voir pages précédentes), le regroupement de marques historiques illustre l’adage selon lequel « l’union fait la force ».
Face à ces grands groupes, un challenger unique en son genre : Rolex. Surnommée « la forteresse », Rolex est une société anonyme dont l’intégralité des actions appartient à la Fondation Wilsdorf créée par Hans Wilsdorf, le fondateur. Un statut qui lui permet de conjuguer renommée internationale, indépendance farouche et discrétion à toute épreuve. En 2023, Rolex a racheté le célèbre détaillant suisse Bucherer, ce qui lui assure un contrôle sur toute la chaîne, de la production à la distribution.
L’Europe au centre de l’horlogerie
Depuis quelques années, un autre acteur, plus connu pour son rôle dans le monde de la mode, prend de plus en plus ses aises sur la scène horlogère : Chanel. Son modèle phare, la J12, en céramique, est devenu un incontournable. En plus du développement de sa marque propre, Chanel n’hésite pas à entrer au capital de fabricants de mouvements comme Kenissi ou de manufactures prestigieuses comme F. P. Journe ou MB&F (Maximilian Büsser & Friends).
D’autres marques d’horlogerie sont indépendantes comme Audemars Piguet, Patek Philippe ou Breitling. Certaines maisons sont même des affaires de famille. Ainsi, Olivier Audemars fils de Philippe Audemars et de Michelle Piguet, est vice-président du conseil d’administration de la maison fondée par ses aïeuls. Les descendants d’Hans Wilsdorf sont toujours intimement liés à Rolex via la Fondation familiale. La famille Stern est à la direction de Patek Philippe depuis 1932. Quant à la famille Scheufele, elle veille à la destinée de Chopard depuis 1963.
Citons également le cas de certains enfants ayant repris les rênes de l’entreprise familiale pour lui donner un second souffle. Ainsi de Georges Brunet, arrière-petit-fils de Joseph Rochet, co-fondateur de ZRC. D’autres familles, en revanche, ont perdu la gestion de l’entreprise familiale, désormais confiée aux grands groupes, mais restent attachées à la préservation de l’histoire et de l’image de la marque. C’est le cas d’Evelyne et Alexia Genta, respectivement épouse et fille du célèbre designer horloger Gérald Genta dont la marque a été relancée par LVMH, ou encore d’Emmanuel Breguet, descendant d’Abraham-Louis Breguet, historien et directeur du département patrimoine de la maison au sein du Swatch Group.
Et en France
De même la célèbre marque LIP, créée en 1867, reste associée à la famille Lipmann (cf Musée LIP). Celle-ci en a pourtant perdu le contrôle au début des années 70, suite à l’exclusion de Frédéric Lipmann, dit « Fred Lip », dans un contexte de fortes tensions sociales. Aujourd’hui, la marque appartient à la Société de Montres Bisontines (SMB), ellemême détenue par la famille Bérard (voir l’OHB n°85).
A côté de ces manufactures parfois multi centenaires, de nouveaux horlogers-entrepreneurs ont voulu tenter leur chance, encouragés par le développement du marché depuis les années 2000. Si nombre d’entre eux ont fait le choix de la montre accessible mais avec une identité forte (Serica, Hegid, March LA.B.) d’autres ont eu l’audace de se positionner dans le haut de gamme (Trilobe), voire dans le « hors-de-prix » (Richard Mille).
L.B.







